
5EMES RENCONTRES DE LA SANTE MENTALE « DE LA PRISE DE CONSCIENCE A L’ACTION »

Organisées par M&M CONSEIL en partenariat avec l’INSERM
Mercredi 18 février 2026 – Maison de le Chimie, Paris 7ème
Article rédigé par le Dr Chantal BRICHET-NIVOIT, médaillée du Prix Robert Debré, membre de Mensa, Correspondante de l’Académie Internationale d’Ethique, Médecine et Politique Publique, Collaboratrice à la chaire Unesco Santé sexuelle & droits humains, Vice-présidente d’Alcos (alliance contre le sida et les IST)
Tout d’abord, je voudrais partager avec vous la joie que j’ai éprouvée à revoir de brillants confrères puis à les écouter attentivement, lors de cette matinée dense et porteuse de beaucoup d’éléments divers sur la santé mentale des Français, de nos jours.
Note préliminaire : les paroles des intervenants et les citations sont « entre guillemets » et celles des orateurs sont en plus en italiques.
1 La santé mentale aux différents âges de la vie.
Table ronde
Certaines interventions ont plus retenu mon attention que d’autres, j’espère que vous m’en excuserez.
Le Pr Antoine Pelisolo parla de « l’introduction de la notion de rétablissement », ce qui équivaut en réalité pour le patient sous médicamentation à vivre le moins mal possible, compte tenu des divers effets négatifs des traitements qu’il prend. Bien différent d’une vraie guérison ! Il souligna qu’on ne connait pas encore la cause de ces dites « maladies psychiatriques », et je regrette qu’on ne regarde pas assez souvent au passé fréquemment très traumatique de ces patients, pas plus que l’on ne considère l’hypothèse d’un PTSD complexe (Post-traumatic stress disorder ou trouble du stress post traumatique) mais que l’on voit plutôt une « maladie » qui serait due à une prédisposition génétique. Ceci parce que cette nouvelle appellation n’est apparue qu’en 2022 dans la CIM 11 (Classification Internationale des Maladies) et pas encore dans le DSM 5(Diagnostic and statistical Manuel of Mentals Disorders ou Manuel diagnostique des troubles mentaux et des troubles psychiatriques, de l’association américaine de psychiatrie). Or beaucoup de psychiatres n’utilisent encore que la CIM 10. De même que l’on pense rarement à un TDA /H ( Trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité) ou à un THPI ( très haut potentiel intellectuel, supérieur ou égal à 145 de quotient intellectuel – 1/1000 de la population), à quelqu’un soumis à un stress extérieur à lui, lorsqu’on voit arriver un patient agité, affolé, parlant trop, et que les psychiatres, dans ce cas, pensent plus souvent « état maniaque » qu’à autre chose, voire à une schizophrénie ou à un délire, si le discours se colore d’originalité, de néologismes (pourtant glorifiés dans les propos du grand psychanalyste Jacques Lacan[1] grâce à une imagination fertile et à des capacités d’expression fleuries, sortant du langage courant.
Il signala le « manque d’écoute ». Effectivement, remplir les données informatiques obligatoires prend du temps sur celui qui devrait être consacré à écouter le patient, et surtout à discerner dans ce que l’on ne comprend pas toujours entièrement, le vrai du symbolique, dirai-je, plus que du faux[2]– véritable drame. De plus, en hôpital psychiatrique on prend bien plus de temps à parler « du patient » qu’« avec le patient » – ce mal est nommé parfois « réunionite » ou temps gâché sans aller à la rencontre des malades.
Le conférencier souleva encore « la question de l’autisme » vu différemment selon le courant de pensée, teinté ou non de psychanalyse. Laquelle ne devrait jamais exclure le bon sens pratique, ni l’avancée des découvertes en neurosciences. Et surtout pas l’attention portée à l’autre différent, en se concentrant sur notre capacité de compréhension de ce sujet étrange au premier abord. Il faut savoir que c’est surtout « l’amour oblatif qui guérit » comme le soulignait feu le Dr Gérard Lopez, co-fondateur du centre de victimologie. (Institut de victimologie 4 rue Richerand à Paris Xème).
Il évoqua aussi la « lutte contre l’obésité » générée bien trop souvent par ces médicaments psychotropes qui, de plus, anéantissent souvent la volonté, dont celle de se bouger. Et bien sûr « les effets néfastes des écrans » mis à disposition bien trop tôt chez les enfants, beaucoup de parents n’osant plus dire « non » à leurs enfants, de peur de ne plus être aimés d’eux ! Mais éduquer, c’est bien différent de céder, c’est mettre un cadre pour guider l’enfant et le tirer vers le haut, comme un tuteur à un arbre.
Pour terminer, ce psychiatre, le Pr Pelissolo, nous rappela l’association et l’intrication de multiples facteurs qui nous façonnent, notamment le classique point de vue « bio-psycho-social » et environnemental.
Perrine Goulet, député de la Nièvre et présidente de la Délégation aux droits des enfants[3] nous parla, comme attendu, des enfants ; or nous savons que beaucoup d’entre eux vont mal. Voici ce que j’en pense-quoique par les temps qui courent, j’ose à peine exprimer mon opinion – : l’absence, pour le travail, des mères moins présentes auprès de l’enfant, leur est-elle bénéfique ? Quelle joie j’ai eu d’avoir pu, tout comme mes 4 premiers enfants, de trouver une maman, dès le retour de l’école et même du collège, à la maison ! Quel bienfait, cette coupure de midi, chez soi. Beaucoup d’écoliers dépriment et qui ne le serait pas à rester le soir à l’étude, à rentrer dans la nuit, pour trouver une maman fatiguée ou des parents épuisés ? A être envoyé dans diverses activités le mercredi, sans temps pour rêver ? Je suis bien consciente que les rôles parentaux ont évolués, tout comme les attributions de genre, je ne fais donc pas une fixation sur la personne de la maman. Cette présence à l’enfant peut émaner d’ une autre figure parentale, accueillante, attentive mais surtout d’une stabilité prévisible.
Mais savoir bien gérer un budget limité à un seul salaire n’est pas enseigné, ou ne l’est plus comme il l’était autrefois dans l’enseignement technique, notamment.
Par ailleurs, d’autres personnes soulevèrent la question de l’image du « vieux » vu comme inutile alors qu’il a souvent acquis de la sagesse, dont on tenait compte autrefois, pour certains, il n’est plus vécu que comme un gêneur coûtant cher à la société. Ce moment de la vie qu’est la vieillesse amène « une succession de deuils » avec perte accélérée des proches et des amis du même âge, de fonctions sensorielles, de capacités physiques jusqu’à des pertes de mémoire, et pour un sous-groupe, d’intelligence du réel ; la clé de la joie de vivre continuée étant de s’adapter à cette évolution, de penser que chaque âge a des richesses, que la performance peut céder la place à autre chose, comme la transmission, la tendresse, le recul et la capacité à voir plus clair psychiquement, intellectuellement, si pas forcément physiquement, avec la vue qui peut disparaitre et la cécité advenir. Il faut savoir que l’on voit bien mieux avec « les yeux du cœur ». Pour certains, il faut aussi apprendre le droit et les joies du repos, avec telle ou telle source de distraction choisie, en s’arrêtant de vouloir faire et encore faire !
Didier Millerand, Président fondateur du mouvement Psychodon ( psychodon.org ) dont le devise est « agir pour la santé mentale », est ensuite intervenu pour signaler l’aide que l’IA peut parfois apporter. J’y ajoute des réserves quant à une utilisation parfois mangeuse de temps, trompeuse pour des jeunes fragiles. Cet homme engagé désire lever le tabou sur ces « maladies » telles que la schizophrénie et la bipolarité essentiellement, éviter la stigmatisation des « fous ». J’ose ici ajouter la parole d’un psychiatre, Lucien Bonnafé, disant « On juge du degré de civilisation d’une société à la manière dont elle traite ses marges, ses fous et ses déviants ». Dans un pays où « l’ on coupe bien des têtes qui dépassent » comme le disant Jean-Charles Terrassier parlant des personnes les plus intelligentes qui peuvent déranger – mais qui sont pourtant, comme le disait mon père « la première richesse d’un pays » – où l’on attache, en les jetant dans une sorte de cachot, à « l’isolement » dénommé pudiquement « chambre de soins (!) intensifs », les personnes en détresse, en leur mettant des « liens » qui les entravent ( liens rigides, qui blessent souvent, empêchant tout mouvement, fixés aux quatre membres, et attachés au lit lui-même fixé au sol) , où l’on ne respecte pas leur dignité – car on oublie la parole de Gandhi : « tout ce qui est fait pour moi sans moi est fait contre moi »-on peut s’interroger sur le nombre de dimensions préoccupantes de notre évolution, dans le pays qui se prétend celui de la liberté.
Le Pr Bertand Fougère, gériatre, signala « l’isolement » de certains vieillards n’ayant « plus de contacts », n’étant plus touchés ni regardés, et surtout leur « sentiment de solitude, d’inutilité ». Cette société individualiste divise et sépare, classe et catégorise selon la productivité des uns et des autres, leur rentabilité, leur potentiel de consommateur. Dans d’autres cultures, le respect dû aux anciens, qui nous ont donné cette vie que nous apprécions, va de soi, pas dans la nôtre. Sommes-nous devenus des égoïstes au point de mettre presque au ban de la société celui dont on voit le corps devenu moins beau, plus ridé, plus mou, moins performant avec la vue qui baisse, parfois malgré les traitements, l’ouïe qui n’est plus fine, malgré les appareillages ? L’âme n’a-t-elle plus d’importance lorsque le souffle faiblit ? Seule l’apparence compterait désormais ?
2 Améliorer la prévention et l’accès aux soins dans les territoires.
Le tour de France des solutions
Nous savons tous qu’à la campagne, il faut parcourir des kilomètres avant de trouver un médecin, un psychiatre, un CMP. Parfois, les consultations en vidéo peuvent aider.
Le Pr Amine Benyamina parla avec beaucoup de pragmatisme, de « la vie trop chère à Paris » avec cette conclusion logique : « donc les gens vont loin » pour avoir un logement de la taille dont ils ont besoin et une nourriture moins chère (comme des clémentines à 5€ le kilo à Paris dans le XVème où j’habite contre 2€ à Charleville, ville pauvre dans la lointaine province des Ardennes, ce mois-ci, en février 2026 et ceci dans un magasin de la même enseigne). Avec beaucoup d’humour il nous raconta ce que son maître lui disait : « l’échec de la maladie somatique finit au Père Lachaise, l’échec de la psychiatrie va au commissariat ». Il souligna que « les psychiatres ne sont pas vus comme les autres médecins ». Eh oui, parce que l’incertitude du diagnostic plane toujours, avec l’absence totale d’examens para médicaux, et l’unique subjectivité des psychiatres pour juger de la vie intérieure de celui qui est devant eux. Il n’est qu’à voir l’expérience de Rosenhan (psychologue qui eut l’idée d’envoyer des personnes saines en hôpital psychiatrique, pensant qu’elles ressortiraient aussitôt, et qui devaient dire qu’elles avaient entendu de vagues voix ; or toutes furent gardées et reçurent un diagnostic de schizophrénie sauf une déclarée bipolaire, et tous leurs actes furent vus à travers le prisme de cette maladie qu’ils n’avaient pas !- vous trouverez sur internet la suite de cette histoire démontrant les biais cognitifs conduisant à des erreurs magistrales – ceci pour comprendre que l’erreur peut être fréquente en psychiatrie ). Ce psychiatre et orateur à l’esprit vif fut très chaleureusement applaudi.
Christine Villelongue, présidente de France-Dépression, axa son propos sur la nécessité de faire de la « prévention », ô combien négligée en France, puisque cela ne fait pas vendre du médicament, qui rapporte tant aux richissimes firmes pharmaceutiques, depuis que la sécurité sociale a été créée ; ces firmes ne financent que la recherche pour de nouveaux médicaments ou techniques de soins ! Pourtant il faudrait calculer « combien cela coûte (à un pays, mais à long terme) de ne pas faire de prévention ». Hélas, les gouvernements voient le court terme, tous comme nos élus, bien trop souvent…
3 Impact de notre mode de vie : sommeil, sport, alimentation
J’ajouterai volontiers : joie de vivre, optimisme, énergie, positivité, plaisir et amour de soi.
Le Dr Guillaume Fond souligna que les deux produits courants en alimentation, « les plus vendus », étaient « le grand pot de Nutella et la grande bouteille de Coca-Cola » hyper riches en sucres (7ou 8 morceaux de sucre pour un verre de Coca-Cola) ! J’ai vu effectivement, tout au long de ma carrière, l’obésité augmenter chez les enfants ; mais en interrogeant les parents d’enfants de grande section de maternelle sur le petit déjeuner de leur bambin de 5 ans, j’ai eu pour réponse « je ne lui donne pas de pain, ça fait grossir » et moi de demander « alors que lui donnez-vous ? » j’ai reçu pour réponse « des croissants » …. Quant à une mère d’un enfant rondelet, grassouillet, elle déclara « je ne lui donne que du sain fait maison, du quatre-quarts tous les matins » ? De quoi rester interloquée.
Le Pr Pierre-Alexis Geoffroy, spécialiste du sommeil, parla de « la pollution lumineuse, notamment à Paris », et du « manque de temps parfois pour dormir. » Puis fit un rappel sur « l’horloge biologique » plus ou moins bien réglée, (et j’ajoute : les productions de cortisol et autres éléments calqués sur la luminosité). Il souligna que « l’heure du lever doit être régulière, y compris le week-end ». Mais comment rendre les gens raisonnables ? Il fit le constat que font aussi les pédiatres, que « les ados sont en privation de sommeil » ceci d’autant plus qu’ils s’endorment plus tard, se réveilleraient spontanément plus tard, mais ils doivent aller au collège, au lycée, souvent très tôt. Des pédiatres, comme mon fils neuropédiatre me l’a redit, réclament une adaptation, pour eux, des rythmes scolaires, sans résultat hélas. Certains pédiatres bienveillants demandent qu’au collège et au lycée, les horaires d’entrée le matin soient modifiées (plus tardifs) pour le bien-être des adolescents qui seraient plus performants ainsi. « Le tabac puis le manque de sommeil diminuent la durée de vie ». « Si la qualité du sommeil n’est pas bonne, les maladies cardio-vasculaires risquent d’apparaître ». Les soucis nuisent au bon sommeil, alors comment rester paisible dans un monde en folie ? Comment prendre du recul ?
En vivant peut-être au jour le jour selon le principe ancien « de ne pas se soucier du lendemain, car le lendemain prendra soin de lui-même, et qu’à chaque jour suffit sa peine », phrase que ma mère me répétait très souvent. Tous les grands courants philosophiques du monde, en tout temps, ont enseigné cette sagesse élémentaire.
Les innovations au service de la santé mentale
Table ronde
Lionel Collet, président de la HAS (Haute Autorité pour le Santé), parla de « science » à propos de la médecine, qui, à mon avis, doit rester un Art de bien faire, en sachant « être » soi ; sans oublier que « science sans conscience n’est que ruine de l’âme » comme le savait Rabelais, et que plus d’un chercheur triche sur ses résultats, comme le soulignait le Pr Jacques Forest à Paris-Descartes il y a quelque temps. De plus « absence de preuve n’est pas preuve d’absence » comme tous les gens logiques le savent ! (Propos qui auraient été énoncés par l’astronaute Carl Sagan).
J’ai beaucoup apprécié l’intervention du Dr Boris Chaumette sur « les séquences génétiques retrouvées pour quelques diagnostics psychiatriques, comme la débilité mentale, l’autisme, parfois les schizophrénies ou la bipolarité » ; sans doute parce qu’il y a, pour ces deux dernières « étiquettes », beaucoup de surdiagnostics de personnes présentant autre chose, comme les victimes de traumas dont je vous parlais précédemment. Il parla avec honnêteté du « traitement qui ne marche pas toujours » car il faut connaître qu’il peut y avoir des effets paradoxaux, notamment chez une personne stressée par un internement (qui est toujours vécu comme effrayant), ayant TDA/H et THPI ; laquelle sera nettement plus soulagée de son état de panique par du méthylphénidate que par des antipsychotiques ; ces derniers peuvent de plus, chez elle, entraîner d’épouvantables et insupportables akathisies lui faisant frôler la mort à cause de l’envie de se suicider pour être soulagée de souffrances intolérables, pas toujours entendues comme telles par les psychiatres. Et à propos de génétique, les chercheurs Nicolas Gauvrit et Franck Ramus ont découvert et prouvé que la très grande intelligence est aussi liée en grande partie au patrimoine génétique ; ce qui dérange dans notre France où se généralise la tendance à croire que tous naissent égaux de fait et non en droit. Et quand on dit qu’ils peuvent naître dans tous les milieux, oui, mais il faut aussi considérer qu’un enfant sur 10 n’est pas né du père qui l’élève.
Conclusion
Il faut beaucoup de connaissances théoriques, une expérience pratique certaine, et surtout du discernement (qui n’est pas donné à tous), une grande empathie affective (que tous ne possèdent pas), une capacité à prendre du recul pour ne pas subir en retour d’effet vicariant, et savoir prendre soin de soi… bref, il faut donc de multiples qualités pour exercer le métier de psychiatre de la meilleure façon possible. Les vocations deviennent rares, comme celles des prêtres. Et je voudrais terminer sur ce que nous disait mon maître, le Pr Michel Fontan dont un hôpital de psychiatrie, à Lille, porte désormais le nom. « Autrefois, les gens allaient se confesser, ressortaient pardonnés donc soulagés ; ils allaient mieux, pouvaient y aller facilement, c’était gratuit et anonyme », il en va de même de l’association « La porte ouverte », à Paris, que je recommande pour la qualité et la disponibilité des écoutants que l’on peut rencontrer en vis-à-vis tous les après-midis.
[1] Si vous êtes intéressés, vous pouvez lire le livre : « 789 néologismes de Jacques Lacan », Epel Editions 2024
[2] C’est même parfois devenu un véritable drame : non seulement des failles se révèlent en raison de la non disponibilité des oreilles et des yeux du médecin à ce qui se passe hic et nunc, mais le patient en recherche de reconnaissance se sent objectivé, sans vraie importance comme sujet. Hélas, ce mal touche même les psychiatres!
[3] J’ajoute pour ma part, qu’on oublie souvent qu’avec des droits, on a aussi des devoirs, y compris en ce qui concerne les enfants
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