HOMMAGES ET REMERCIEMENTS

HOMMAGE AU FONDATEUR

Gérard LOPEZ, psychiatre

Gérard LOPEZ est un psychiatre et un expert judiciaire français né en 1949. Depuis plus de trente ans, Gérard LOPEZ s’est battu pour que les victimes soient mieux écoutées et prises en charge. Il a contribué à faire émerger en France une discipline au confluent du droit et de la médecine : la victimologie.

Il fut président d’honneur de l’Institut de victimologie de Paris dont il a été co-fondateur, Le centre du psychotrauma de l’institut assure environ 12000 actes thérapeutiques par an avec une file active d’environ 1000 patients, adultes et enfants.

Hommage à Gérard LOPEZ
30 mars 2022
Pierre TCHERKESSOFF

Chers Collègues,
Chers Amis,
Gérard a su innover et construire ! A l’image des savants du Moyen-âge qui ont quitté les monastères
pour être au cœur des villes, au cœur du monde, il a, par son action, favorisé le rayonnement de la
Victimologie en France et dans le monde.
Gérard, au travers de son humanisme, son écoute, son professionnalisme empreint d’empathie pour
la personne, sa profonde gentillesse, sa pudeur, sa modestie et son élégance a marqué nos esprits.
Son regard pétillant, sa générosité, ses anecdotes toujours à propos resteront à jamais dans nos
souvenirs.
Gérard était un ami, un précurseur, un roseau qui pliait mais ne rompait pas, il paraissait
invulnérable.
La mort le prit lâchement en s’attaquant à l’organe le plus précieux, sa raison de vivre, à son cœur.
Le « destin » a commis un crime le 25 mars 2022. Il brouilla les battements de son cœur, avant qu’il
ne cesse tout à fait de (se) battre.
C’est pourtant le cœur qui n’a jamais manqué dans tout ce que Gérard envisageait en tant que
psychiatre spécialiste du psychotrauma mais avant tout protecteur des enfants et des victimes.
Pourtant, rien ne le prédestinait à se faire l’ambassadeur, en France, de cette discipline mêlant droit,
criminologie, médecine et accompagnement des victimes.
Il aura fait toute sa carrière dans le monde du droit, notamment comme expert judiciaire, et en
mettant en place une unité mobile de psychiatrie légale. Il me disait « je suis dans le droit jusqu’au
cou », m’expliquant qu’il a bien d’ailleurs failli entamer une carrière d’avocat. Cela lui aurait plu de
faire de la responsabilité médicale et du conseil aux avocats dans les procès d’assises compliqués.
Gérard a montré tout au long de ces années, avec le même enthousiasme et courage, combien il
fallait être attentif et à l’écoute des victimes. Il savait entendre autant leurs souffrances que leurs
forces.
C’était un visionnaire, toujours animé par des projets utiles comme la création du premier Diplôme
Universitaire de victimologie à Paris en 1993, mais également comme initiateur du Diplôme
Universitaire de Criminologie et de Victimologie à l’Institut Catholique de Paris en 2020. La
criminologie et la victimologie ne sont pas loin…..Gérard me laisse en leg la possibilité de diriger son
ultime création, une idée que nous avons mûrie ensemble. C’est une tâche à laquelle je m’attèle avec
conviction et passion afin de pérenniser son œuvre, et je remercie chaleureusement le Docteur
Patrice Louville de relever ce défi à mes côtés.
Je n’oublierai jamais nos échanges lors de la création de ce DU, sa présence fidèle, discrète mais au
combien féconde lors de nos réunions de travail. Pédagogue, il commence par me définir le contours de la Victimologie.

« Pour être une victime, il faut avoir connu un préjudice mais ça n’est
pas suffisant. Encore faut-il que ce préjudice soit reconnu par un texte, une loi ou un règlement. ».
« Être victime, c’est faire preuve de réactivité ». « Soigner les victimes, ce sont les accueillir, dresser
un état des lieux de leur situation, recenser les troubles dont elles souffrent, qu’ils soient somatiques
ou psychiques. Il s’agit ensuite d’évaluer leurs problèmes sociaux pour les envoyer dans les bons
réseaux, voir si une procédure judiciaire est engagée ; les orienter vers les associations ou avocats
compétents ».
Curieux, il aimait me parler aussi de religions, d’actualité, de journalisme, de lui. Il aimait l’approche
pluridisciplinaire de son métier, qui l’emmenait vers de très larges réflexions. Il m’assurait que la
victimologie est liée aux sciences humaines, et ne peut faire sens que dans certaines sociétés.
Je n’oublierai pas non plus son enthousiasme lors du colloque Identité personnelle et droit où il était
intervenu avec brio sur l’identité de la personne victime. Je n’oublierai jamais son rayonnant sourire.
Sans compromis, il a défendu avec pugnacité les droits des victimes, l’accès aux soins, le droit au
respect de la dignité humaine. La disponibilité était au cœur de sa pratique. Gérard a mis à la
disposition de chacun d’entre nous, ses remarquables connaissances, convaincu de la nécessaire
réflexion autour de la transmission du savoir.
Avec conviction, il a œuvré pour la qualité des soins. Combatif parce que généreux, Gérard a montré
une attention particulière dans les prises en charge à un accès aux soins sans discrimination, à la
proximité et à la continuité. Il a fait de cette continuité des soins une priorité, quelles que soient les
contraintes.
Il me concédait que des progrès avaient été faits. Des centres dédiés au psycho traumatisme ouvrent
régulièrement, même s’ils sont insuffisamment dotés. La parole des victimes est mieux prise en
compte, notamment dans les commissariats. « Des services médico-judiciaires se sont développés un
peu partout en France, dont certains sont pédiatriques, et c’est très important. Il reste encore
beaucoup à faire », estimait-il.
Psychiatre jusqu’au bout de ses forces, humaniste, Gérard s’est battu contre l’injustice et
l’intolérable.
Avoir été utile, ce n’est pas un rêve modeste et fou, c’est trop tard pour le dire.
Il n’est plus parmi nous, mais une certaine idée de la victimologie poursuivra son œuvre.
« Faites que votre tableau soit toujours ouvert vers le monde »,

c’est sur cette citation de Léonard de
Vinci que je veux nous souhaiter le meilleur dans la poursuite de son remarquable engagement.

Bibliographie

En collaboration:

  • avec Piffaut-Filizzola G, Le viol, Paris, P.U.F, coll. « Que Sais-Je ? », 1993 – 2e édition 1996, (Traduction suédoise 2001).
  • avec Piffaut-Filizzola G. Victimes et victimologie, PUF, coll. « Que Sais-Je ? », Paris, 1995 (traduction persane 2001)
  • avec Sabouraud-Seguin A. et al. Psychothérapie des victimes : le traitement multimodal du psychotraumatisme, Paris, Dunod, 1998
  • avec Casanova A. Cesser d’être une victime, Paris,  éd. Lamartinière, 2001 (et Pocket)
  • avec Portelli S et Clément S. Les droits des victimes : victimologie et psychotraumatologie, Paris, Dalloz, 2003 (2eédition 2007)
  • avec Tzitzis S (dir) Dictionnaire des sciences criminelles, Paris, Dalloz, 2004
  • avec Jehel L. et al. Psychotraumatologie, Paris, Dunod, 2006
  • avec Sabouraud-Seguin A, Jehel L. et al. Psychothérapie des victimes : traitement, évaluation, accompagnement, Paris, Dunod, 2006
  • avec Senon et Cario R (dir). Psychocriminologie, Paris, Dunod, 2008 (2° éd., 2012).
  • avec Kédia M, Vanderlinden J et Saillot I, Dissociation et mémoire traumatique, Paris, Dunod, 2012.
  • avec Cedile G et Labadie D, L’aide-mémoire de l’expertise civile psychiatrique et psychologique, Paris, Dunod, 2013
  • avec Cedile G, L’aide-mémoire de l’expertise pénale psychologique et psychiatrique, Paris, Dunod, 2014
  • avec Sabouraud-Seguin A, Jehel L, et al. Traiter les psychotraumatismes, Paris, Dunod, 2016, 2019 (ISBN 978-2-10-074590-6)
  • avec Isabelle Aubry, L’inceste, Paris, Dunod, 2017  (ISBN 978-2-10-075767-1)
  • avec Widiane Chakkouche, Mohamed Jaouhar, Précis de victimologie à l’usage du Maroc, Berck, Thyma, 2020 (ISBN 978-2-38247-010-7)