VIOLENCES DE GENRE,VIOLENCES DU HANDICAP

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Forum national – jeudi 15 octobre 2015
Ministère des Affaires Sociales, de la Santé et des
Droits des Femmes
Salle Laroque

Article de fond rédigé par le
Docteur Chantal BRICHET-NIVOIT
Médecin de santé publique
Médaille du Prix Robert DEBRE
Membre de MENSA
www.mensa-france.org
Introduction

Je souhaite une nouvelle fois redire combien les violences faites aux femmes, aux plus faibles, sont
majoritairement niées, minimisées et nuisent à leurs enfants, mais aussi à la société dans son entier.
Je voudrais remercier toutes celles qui osent parler de ces scandales et des affronts qu’elles subissent
lorsqu’elles parviennent enfin à décrire le mal qu’on leur a fait, sciemment et intentionnellement,
bien trop fréquemment. Elles font une œuvre semblable à ce que font les journalistes engagés, dont
on ne sait que trop qu’ils risquent souvent leur vie. Elles m’apparaissent agir pour que le malheur
qu’elles ont su surmonter avec courage, malgré les difficultés, n’arrive pas à d’autres. Je regrette
que, prise par d’autres taches d’information, je n’ai pas pu assister à la matinée. Je vais essayer
cependant de vous donner l’essentiel de l’esprit de cette journée de solidarité.

Théâtre du Chaos (Compagnie Sara Veyron)
«  Des coups et du silence » de Georges de Cagliari.

www.theatreduchaos.org

On reste sans voix, sidéré et comme interdit de parole face à un déchainement de méchancetés
savamment orchestrées et déblatérées avec un calme inquiétant, comme celui qui précède une
tempête, par un mari qui terrorise sa femme, littéralement empêchée de penser. Pièce de théâtre
qui nous transporte dans une indicible horreur, dans un monde impensable et pourtant bien réel.
Un décervelage subtilement organisé, mis en actes, dans une vie où l’un, le plus fort, vise à détruire
gratuitement pour jouir sadiquement du malheur qu’il fabrique, en se repaissant des douleurs et
terreurs qu’il crée chez autrui : sa femme qu’il prétend aimer. Il nous est incroyablement difficile de
penser que cet homme ose affirmer qu’il agit ainsi pour le « bien » de sa femme, puis que,
méthodiquement, il défasse petit à petit, tout ce qu’elle savait faire, tout germe de beauté et de
créativité qu’elle a en elle. On pense être des voyeurs regardant agir un bourreau arrivé au comble
de la cruauté. Rien ne sort alors de notre gorge trop serrée pour pouvoir dire « arrêtez ! ».

Tout cela « pour un gratin raté ; une chemise trouée par un fer abandonné sur la table de repassage,
par une femme préoccupée ». Pour des broutilles, il la prive de liberté, de ses amis, de sa famille. Il lui
a fait arrêter ses études, l’empêche d’avoir une activité rémunérée, l’isole et l’encercle pour mieux la
réduire au néant, l’enfermer dans sa tyrannie et sa folie de toute-puissance à lui. Il la menace de la
priver de ses enfants. Elle se sent submergée par la honte ; tout gravite autour de l’humeur de ce
tyran.
Vous avez certainement déjà vu certains de ces maris paraissant si attentionnés qui ne laissent à leur
épouse aucun moment de liberté, de solitude ; pleins de fausse sollicitude. C’est ce petit « trop » que
vous sentez mais que vous chassez de votre esprit, qui signe cette emprise diabolique qu’un mari
« vampire », comme les nomme le Dr Gérard Lopez, exerce constamment sur sa proie choisie pour
sa douceur et sa grande tolérance à son infect caractère d’envahisseur. Il vient ensuite la visiter avec
assiduité à l’hôpital où les coups bas portés contre sa femme, l’ont amenée à se faire soigner, pour
ces crimes que lui a commis contre elle. C’est cela qui devrait vous alerter : ce TROP ; cette
impression qu’il en fait « trop » pour elle. Lui qui parait « si gentil », « si attentionné » ne fait cela que
pour récupérer plus vite son souffre-douleur qui lui manque, lui qui a l’habitude de la harceler jours
et nuits. Certains vont même jusqu’à être officiellement les curateurs ou les tuteurs de leur épouse
qu’ils ont démolie, pour mieux l’asservir et la rendre servile à leur service. D’autres la rendre si
malade, qu’ils obtiennent d’un psychiatre aveuglé par leurs beaux discours, des drogues rendant
dociles ces femmes martyrisées, pour les avoir en permanence sous leur coupe. Les honnêtes gens
ne peuvent envisager autant de perversité, et la pauvre victime de telles manigances, aura bien du
mal ensuite à prouver sa bonne foi lorsqu’elle arrive à faire taire en elle la honte qui la submergeait.
Ainsi il arrive bien trop fréquemment que le signalement fait pour se protéger de ce mari à la
conduite abominable, se retourne contre celle qui porte enfin plainte. Cet homme très maitre de lui,
bien mis, beau parleur et séducteur arrivera trop souvent, avec subtilité et par de nombreux
mensonges, à dire que sa femme est « folle », parce que capable de s’émouvoir. Il arrive, bien plus
souvent qu’on ne le pense, que l’administration, mais aussi les médecins, les psychiatres, les experts,
ne croient que ce bellâtre.

CONCLUSION

Le déni est à l’œuvre dans la tête des « soignants », et le tabou de nos sociétés verrouille un système
construit trop souvent sur des secrets haïssables et destructeurs, mais pourvoyeurs de
consommateurs de médicaments enrichissant les plus puissants économiquement, dans notre pays
exsangue : les laboratoires pharmaceutiques. Comment s’enfuir lorsque l’on est dépendant d’un
fauteuil roulant ?
Comment pourvoir expliquer ce que l’on vit, si l’on ne parle que la langue de signes et que nul n’est
là, qui aurait pu traduire ? Comment se faire comprendre si l’on n’écoute pas la victime dans une
France où les jeunes internes sont submergés de travail dans nos hôpitaux surchargés ? Dans ces
services d’urgence où on fait la queue des heures durant ? Où les psychiatres sont débordés et
réveillés en pleine nuit pour signer des tonnes de paperasses qu’exigent des lois outrancières et
privatives de liberté ? Où le cachot revient au gout du jour déguisé de bonté et travesti en « chambre
de soins intensifs » alors qu’il est la pire des punitions en prison ? Relisez donc Stefan Zweig dans « le
joueur d’échec », et vous comprendrez que cette méthode, à elle seule, rend fou le plus sage et le
plus équilibré d’entre nous ! Comment apporter des preuves à une justice qui en exige, lorsque ce
sont des mots qui ont blessé à mort votre âme ? Des phrases qui ont meurtri votre cœur, telles des
flèches acérées lancées à toute volée, dans le huis-clos d’une maison isolée ?

Permanences et activités : 2, rue Aristide Maillol – 75015 Paris
Tél. : 01.45.66.63.97

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Remarques
Les auteurs de crimes et délits

Il fut dit au cours du séminaire de criminologie des 12 au 16 janvier 2015, auquel j’ai assisté à Paris-
Descartes, que les auteurs d’actes délictueux et/ou criminels, auraient été très fréquemment eux-
mêmes maltraités auparavant ; ceci n’excusant pas pour autant leurs actes, si cela peut les expliquer.
Il convient aussi de signaler que les viols conjugaux, reconnus depuis peu comme réalité dans la loi
française, sont sans doute plus fréquents qu’on ne le pense. Il m’apparait, ainsi qu’à d’autres,
médecins ou psychologues, tel Harold Searles, qui l’écrit dans son livre « l’effort pour rendre l’autre
fou », mais aussi à l’expert-psychiatre très médiatique Daniel Zagury, qui l’évoquait en janvier 2013
au FIAP, face à Sainte-Anne, que ces sujets considérant les autres comme des objets, non pas
« d’amour » mais « utilitaires », « deviennent pervers, à la suite d’une vie de maltraitances, pour
éviter de devenir fous ». Ces individus « se protègeraient d’une folie qu’ils sentiraient monter en eux,
en devenant pervers », ce qui leur éviterait de souffrir. Ce confrère dit aussi lors d’une interview, qu’il
était « glacé d’effroi » face à Guy Georges, le trop connu tueur en série. Selon moi, il manque à ces
« bourreaux » la capacité pour bien utiliser leurs « neurones miroirs », ce qui les rend impuissants à
« voir en l’Autre un autre-lui-même », celui dont parle Paul Ricœur. Cela semble les rendre inaptes à
éprouver de l’empathie.

Théories psychanalytiques mal comprises

Ont vaguement été évoqués au Ministère, en ce jour : jeudi 15 octobre 2015, les prétendus
« bénéfices secondaires » qui pourraient faire rester ces femmes auprès de leur « assassin-tueur
d’âme », se comportant comme un chef de secte, véritable « gourou » et dictateur autoritaire. Je
pense qu’elles sont en réalité « décervelées, » selon le terme de Paul-Claude Racamier, et comme
« ensorcelées », retenues captives par une sorte de « charme » maléfique, paraissant « envoutées »
par des boniments sonnant creux. La MIPROF agit pour les femmes, mais la MIVILUDE devrait, je
pense, s’intéresser aussi à ces mécanismes qui ressemblent à une emprise que l’on observe dans les
dérives sectaires. Les dirigeants de sectes ne viendraient-ils pas de telles familles ? Ne recopieraient-
ils pas ce qu’ils ont appris et vécus, souvent dès le berceau ?
Ces proies, souvent brillantes, me paraissent plutôt avoir été placées dans une situation un peu
similaire à celle où furent envoyés des milliers de déportés, hommes et femmes ordinaires. Je ne
voudrais choquer personne mais si vous songez à d’anciens prisonniers des camps de concentration,
croyez-vous sérieusement qu’ils vous répondront qu’ils ont « joui » de cet enfer où ils furent plongés
bien malgré eux ? Ces épouses martyrisées devraient être respectées pour leurs souffrances
endurées injustement. Restons donc sérieux et crédibles pour ne pas les flageller encore plus ces
femmes qui ont réussi à s’extraire d’un drame où leur échut le mauvais rôle ! La différence c’est
qu’ici, ces victimes sont entourées d’invisibles barbelés, au maillage tout aussi serré, subissant des
contrôles incessants. Vivant comme derrière des barrières, avec des murailles leur bouchant toute
ouverture de vue, et retenues contre leur gré dans cette « prison », engluées comme dans une toile
d’araignée.

REMERCIEMENTS

Nous devons cette journée à Maudy Piot, présidente de FDFA, qui avait invité Madame Ségolène
Neuville, secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion,
marraine de la journée. Je remercie ici sincèrement les organisateurs et les intervenants de cette
journée où j’ai appris que quatre femmes handicapées sur cinq, subissent des violences et des
maltraitances.
Axel Kahn, généticien, parla de « handicap, genre et citoyenneté » le matin.
Ensuite, une table ronde évoqua « le genre, l’altérité et l’identité, les préjugés », thèmes que j’ai déjà
développés dans mon article intitulé : « arborus » où j’ai un peu repris ce qui avait été dit un jeudi
aux « Rencontres Hippocrate », qui ont lieu chaque mois, rue de l’Ecole de Médecine.
www.medecine.parisdescartes.fr
L’après-midi, nous avons écouté :

  • Les psychanalystes Jean-Pierre Durif-Varembont et Anicette Sangnier.
  • Une psychologue, Axelle Garnier de Saint Sauveur, coordinatrice au Commissariat de la
    Préfecture de Police de Paris.
  • Un anthropologue, Henri-Jacques Stiker.
  • Une juriste, Stéphanie Quintin, accompagnée de Maria Litran, chargée de mission LSF.
  • Une brillante avocate, Maitre Isabelle Steyer, qui vint nous exposer les difficultés face à des
    lois peu propices à défendre les intérêts des plus faibles, comme si nous devions toujours en
    rester au « droit du plus fort » dont traitait déjà Rousseau.
COMMENTAIRES

« Je trouve votre article extrêmement fin et bien senti ».
« Nos remerciements pour ce bel article », d’un metteur en scène.
« Je suis d’accord avec toi », m’écrit une amie, médecin.
« Votre texte est excellent dans la description du ressenti des victimes », me dit une autre consœur,
Qui ajoute : « Vous décrivez les choses avec beaucoup de précisions ».
« Tantôt un zeste de retenue, tantôt une envolée de mots forts agglutinés et cinglants pour rester
crédible, sans paraitre excessive », m’écrit, après m’avoir lue, une responsable du G.I.A.
« Magnifique écrit poignant, authentique et rempli de vérités » d’une victime.
« Merci, c’est édifiant » me répond une lectrice.
« Que plusieurs puissent être au bénéfice de ce que tu écris, que leur histoire soit reconnue et leur
condition restaurée », voici ce que souhaite une amie de longue date, agissant dans le champ social.
« Beau combat » pense une autre de mes amies.


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