
Note de la Présidente : Outreau ! Vous avez dit mystification ?

A l’occasion de la publication chez Thyma Éditions de l’excellent ouvrage La grande mystification de Jacques Délivré, comment ne pas évoquer celui qui en est le fondateur et ne pas se rappeler l’utilisation osée de ce terme lors d’un colloque que l’on peut désormais estimer historique à propos de l’affaire d’Outreau et par conséquent de la Protection de l’Enfance. En effet le docteur Gérard Lopez, psychiatre pionnier de la victimologie, professionnel connu et reconnu, a eu dès 2011 le courage et la générosité d’organiser un colloque à l’Institut de Criminologie et de droit pénal de l’Université Paris-Panthéon-Assas pour la sortie de mon livre Outreau la vérité abusée (publié en 2009 et actualisé en 2015 et 2024).
Plus audacieux encore dans ce haut lieu de l’enseignement du droit et des sciences criminelles, a été le choix de l’intitulé La parole de l’enfant après la mystification d’Outreau : Outreau était alors qualifié de fiasco à cause d’enfants prétendument menteurs et de professionnels forcément incompétents. Pour la première fois on entendait parler officiellement de mystification dans cet institut de criminologie à la fois le plus ancien de France et le plus prestigieux.
Cette rectification sémantique audacieuse, Gérard LOPEZ n’a eu de cesse de l’illustrer après chaque colloque qu’il organisait en présentant le livre sur grand écran pour ré-informer et faire ovationner l’auteure.
Gérard Lopez prenait le parti de cautionner la parole des enfants reconnus victimes de par leur vérité judiciaire.Qu’il en soit encore remercié en cet hommage posthume de reconnaissance éthique et sociétale.Mes remerciement vont également au professeur Phillippe Conte alors Directeur de l’Institut de Criminologie. Sans oublier Stamatios Tzitzis ancien Directeur adjoint de l’Institut de Criminologie et Directeur de recherche au CNRS qui a publié les actes du Colloque chez Dalloz, en 2012, La Cohérence des Châtiments ( vol 10,p107 à155).
Il risquait gros en accueillant ma présentation et mon analyse de la construction du storytelling « Outreau » à un moment où le lynchage médiatique des professionnels était encore très significatif. Il réhabilitait de ce fait la parole de l’experte judiciaire principale (et des 6 autres experts) et par conséquent celle des 12 enfants reconnus victimes de viols, d’agressions sexuelles et de proxénétisme pour certains.
Le thème était tellement blasphématoire que Jean-Louis Nadal Procureur général près la Cour de Cassation, pourtant fort motivé positivement par la publication, s’est montré on ne peut plus discret.
En revanche, invité par mes soins après qu’il ait sollicité notre rencontre, Pierre Joxe ancien ministre manifestait par sa présence son intérêt pour le respect du contradictoire thème principal du livre. A cette occasion, il présentait son tour d’Europe des tribunaux pour enfants en insistant sur les acquis espagnols, déjà significatifs à l’époque.
Autre invité, Serge Garde, journaliste spécialiste de la pédocriminalité alors que nous élaborions son film Outreau l’autre vérité, 2013. Il publiait la même année je suis debout, avec Chérif Delay, Jonathan Delay, son frère, quelques années plus tard écrivait seul Au delà de l’irréparable, 2021.
Présent dans le public, un autre journaliste Jacques Thomet ex rédacteur en chef de l’AFP, invité par Joseph Ancel, Président des assises de Paris. En 2013 Jacques Thomet sortait son enquête Retour à Outreau, contre-enquête sur une manipulation pédocriminelle« . En 2021, il récidive avec la pédocratie à la française chez Fabert.
Signalons dès à présent que Jacques Delivré, a déjà publié avec Jacques Cuvillier Outreau angles morts avant de s’attacher de manière plus approfondie encore à l’analyse des dysfonctionnements de l’affaire d’Outreau dans la grande mystification.
J’espère que ce livre supplémentaire, très documenté continuera d’éveiller la lucidité du grand public .Pour ce qui est des professionnels, l’objectif est globalement atteint : Savoir que, bien que l’affaire d’Outreau soit une référence erronée, elle reste devant les tribunaux un argument de plaidoirie pour faire taire les enfants victimes de viols. Son application concrète reste encore insuffisante. Alors bienvenue à ce nouveau travail de qualité sur l’affaire.
©Marie-Christine Gryson-Dejehansart
Psychologue-clinicienne, auteure, Experte judiciaire (1989 – 2015)
Présidente d’honneur de Thyma Éditions
